::Jardins Barges (Dunkerque):: La peinture éphémère pour une préfiguration d’ espaces publics.

13/07/2012

Lieu:  Passerelle Saint MArtin, Canal  (DUNKERQUE )

Latitude:      51° 1’48.32″N     Longitude:        2°22’28.61″E

Thème:  Paysage / Urbanisme / Peinture

Projet: Ville de Dunkerque ( Patrick Lebellec) et  Atelier 710 / Coloco /Sapro Phyte

Coloco: Nicolas Bonnenfant / Fabien David / Romain Quesada / Isabelle Bonnenfant / Marta Tomaziak / Méryl Septier/ Camille Dandelot/ Firas Touati / Christelle Morelle / Arthur Nieze / Gilles Garreau

Sapro Phyte:  Claire Bonnet / Pascaline Boyron / Mélia Delplanque / Damien Grava / Violaine Mussault / Véronique Skorupinski

Photo: Marta Tomaziak

Réflexion et Texte: RQ

Date: 12-14 juin 2012

“La peinture éphémère pour une préfiguration d’ espaces publics.”

Essai de méthodologie de l’usage d’une signalétique éphémère…  dans le cadre d’une mission de préfiguration d’ espaces publics. Cette réflexion s’appuit sur une expérience dans le cadre d’un projet réalisé au sein du collectif coloco, en collaboration avec les Sapro Phyte, l’atelier 710. Maitrise d’ouvrage: Ville de Dunkerque, mission Culture et Espace public.

Le canal de Dunkerque est une infrastructure navigable située plus de 3 mètres en dessous de l’ espace public. Un perré de 1,50 mètre sépare l’eau d’un premier niveau  à sec. Sorte de chemin de halage, cet espace linéaire longe la quasi totalité du canal sur ses deux rives. Une partie plate et bitumée sert  essentiellement aux promenades canines et à quelques pêcheurs. Certains SDF s’y installent la nuit, abrités sous les ponts. Puis une haie fournie, composée d’arbustes et d’arbres alignés (tilleuls), sépare la “promenade” du deuxième perré de plus de 2,50 mètres. Ce même pérré propose des escaliers ouverts au public et qui donnent un accés sur le quai depuis la rue. L’aménagement du quai est minimal, et l’absence de mobilier urbain participe à une ambiance peu engageante. Le végétal aussi semble être conduit de sorte qu’il rétrécisse le passage, “poussant” le promeneur toujours plus prês de l’eau.

Malgrè son état actuel d’infrastructure délaissée et/ou monofonctionnelle, le canal présente un  potentiel certain d’ espace  public.  Une promenade linéaire semble se dessiner ici, proposant un lien doux entre le centre ville et les centralités secondaires  connectées au canal.

Pour l’activation de cet espace un ensemble de collectifs sont appelés pour installer  un mobilier artistique dans l’espace public ainsi que pour initier une signalétique au profit de la révélation des lieux en potentiels.

    

Intoduction: La signalétique, pourquoi?

2/ Peindre quoi? Etablir une légende informative.

3/ Peindre sur quoi? Les murs, les sols, les végétaux… 

4/ Peindre avec qui et comment? Une peinture “d’ expert” ou une peinture collective.

5/ Et comment préparer la suite? La cartographie dynamique du projet.

La signalétique, pourquoi?

La signalétique oriente vers un endroit, révèle une situation à expérimenter et peut particper à la reconnaissance des lieux (histoire, patrimoine, usages…). Le caractère expérimental du projet de préfiguration des “jardins barges” à Dunkerque colle au sujet, car les usages du canal semblent à inventer. Repérer les usages existants, provoquer l’émergence de nouveaux. Indiquer les accès, les lieux de points de vue remarquables, les situations abritées ou celles qui se prêteraient bien à telle activité sportive (ligne de course) ou à une aire de jeux, et les peindre. Ici la signalétique consiste donc à questionner ces espaces en vue de leur possible aménagement.

La peinture  joue ici un rôle bien calibré. Elle signale pendant une durée relativement courte. Elle s’ estompe selon l’usage ou la météo. La place relative qu’ elle occupe dans  l’ espace se joue des codes institutionnels et d’une occupation physique de l’espace trop rapidement déterminée. Mais afin qu’ elle ne soit pas une simple décoration et quelle participe à la dynamique de projet territorial, la peinture éphèmère demande l’élaboration d’une méthodologie  minimale.

1/ Peindre quoi? Etablir une légende informative.

Les formes représentées, les silhouettes, les mots ou les symboles peuvent provenir d’une référence, d’un code usuel détourné ( code de la route par exemple), ou d’une sensation. Le “peindre quoi?” pose surtout la question de la chose représentée et de son sens. Organiser des jeux de renvois, de dialogue entre le site et son aire d’influence; proposer d’imaginer des usages représentés par la peinture sur le site en question; Ou tout simplement réveler des éléments d’usages existants. Ce qui est peint doit alors trouver une “légende”, tel signe ou pictogramme correspond à une catégorie ( les entrées, les sorties, les points de vue, les carrefours …). Ainsi, la récurrence des signes peut aider à la lecture des usages et faire comprendre qu’il se passe quelque chose ici qui tient de l’espace utilisable du territoire… Sans cela, le travail réalisé risquerait d’apparaitre comme une cacophonie de symboles sans signification pour le passant.

Cette légende peut être imaginée a priori, a posteriori, ou pendant le projet, mais elle doit faire l’objet d’une communication (panneau d’ affichage de la carte avec légende), ou a minima d’un archivage afin de constituer une mémoire de la signalétique, des lieux repérés ainsi que des usages pressentis.

2/ Peindre sur quoi? Les murs, les sols, les végétaux… 

Le support, la couleur, le détail sont déterminés par la définition des passants visés. La peinture sera différente s’il s’agit d’un automobiliste, d’un cycliste ou d’un piéton. La question du support est liée à la question du “pour qui?”. Par exemple, la peinture au sol d’un pictogramme sera plus évident à voir pour un piéton ou un cycliste que pour un automobiliste. Pour ces derniers un signal apposé sur un élément vertical à proximité de la route sera d’autant plus visible. La récurrence des supports participe à la cohérence de la communication et donc à la lisibilité des sites révélés ( et de leur liens entre eux).

La question du support induit aussi une réflexion sur les limites de l’excercice. Trop de signes ou un choix trop aléatoire des typologies de surface peut avoir un effet de déconnexion entre les signes et donc de leur enlever toute force de communication.  Il existe des situations pertinentes pour signaler et d’autre non.

Le cas des végétaux// Peindre un arbre ou un arbuste, c’est peindre un être vivant qui respire, qui croît et souvent qui fait signal sans artifice. Ici la qualité de la peinture (chimique et esthétique) ne doit pas altérer l’identité et la santé de l’individu, ni même sa force intrinsèque de signal.

3/ Peindre avec qui et comment? Une peinture “d’ expert” ou une peinture collective.

Le canal est un lieu très peu utilisé, les traces d’appropriation y sont rares et les acteurs locaux confirment la faible utilisation du quai de l’infrastructure.  L’ activation d’un tel lieu demande de créer une attraction des publics vers le site en devenir. Les scolaires, les associations de quartiers, les riverains sont autant de personnes à convier lors des interventions artistiques. Plus tard, les personnes potentiellement intéressées ou pressenties comme “relais” de la démarche pourront émerger. Ici, la peinture comme le jardinage et la construction, doit être une pratique ouverte et partagée pour créer les conditions favorables à la rencontre des usagers avec le site, et de la maitrise d’ouvrage avec les futurs « relais » du projet.

L’acte de faire ensemble est à la fois:

– Une humilité de la part des intervenants à composer avec l’expertise de l’usager.

– Une invitation à penser ensemble le projet.

– Un passage de relais du couple “commanditaire-intervenant” aux usagers.

Le caractère partagé de ce type  d’intervention est une condition sine qua none de réussite. Le partage de l’ oeuvre, de sa création et/ou de sa production, devient alors  un des objectifs supérieurs.  Partager la réalisation des toutes premières étapes de préfiguration d’un projet permet de créer une histoire collective, d’ établir une conception plus juste du projet à venir, ainsi qu’une implication des usagers dans la reconnaissance d’un paysage commun.

L’ activation d’un lieu //  Un atelier de création, visite de site ou  intervention présente une opportunité de faire lien autour et pour le projet et d’ en expérimenter les hypothèses. Inviter à tout ou partie des  séances de travail, les usagers sont à la fois informés de la démarche et peuvent y prendre part dans un cadre prédifini. C’est donc aussi une méthode pour dynamiser l’ appropriation des lieux qui participeront au développement des espaces urbains.

4/ Quel enseignement en tirer? La cartographie dynamique du projet.

Une carte de récolement des signes peints à chaque atelier sont indiqués ainsi que les évolutions notées entre les ateliers et durant tous le projets:

– leur état (usure due au piétinement, à la météo, ou encore en bon état).

– la transformation du graphisme des pictogrammes dans le temps et les raisons de ce changement.

– les espaces qui perdurent comme lieux potentiels de projets.

– les espaces qui présentent un potentiel moins évident.

A l’issu des ateliers de préfiguration, cette carte de synthèse des dynamiques d’actions donnera un ensemble de constats et de tendances qui confirmera ou infirmera les intuitions de départ.  Un schéma d’interventions pourra être déterminé et représentera un outil guide pour affiner le programme des réalisations, leur nature (jardins, mobiliers, événements…), leur occurence (ponctuelles, continues, éclatées et/ou en système) et leur localisation (sur le site initial et/ou à l’extérieur du site).

Romain Quesada

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :